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Bilan Carbone · GHG · ISO 14064

Les normes carbone

Les mêmes litres, kilomètres et kilowattheures produisent trois totaux différents selon la norme sous laquelle on les calcule. Voici d'où vient l'écart, et ce qu'il implique pour un chiffre déjà publié.

01Bilan Carbone

Bilan Carbone — la méthodologie ADEME

Le Bilan Carbone est la méthodologie française de comptabilité carbone des organisations, créée par l'ADEME et maintenue par l'Association Bilan Carbone. Elle couvre la même réalité physique que le GHG Protocol, mais retient un choix comptable qui change fortement le résultat : les immobilisations sont étalées sur leur durée de vie au lieu d'être imputées en totalité l'année de l'achat.

Auteur
ADEME, maintenue par l'Association Bilan Carbone (ABC)
Facteurs d'émission
Base Empreinte — la base publique française
Périmètre
Scopes 1, 2 et 3, le scope 3 étant obligatoire et non optionnel
Immobilisations
Amorties sur la durée d'utilisation du bien
Déclencheur habituel
Obligation BEGES, demande d'un LP, ou appel d'offres client

Pourquoi le scope 3 n'est pas optionnel ici

La caractéristique du Bilan Carbone est de considérer par défaut toute la chaîne de valeur comme incluse. Un bilan qui s'arrête aux scopes 1 et 2 n'est pas un Bilan Carbone : c'est un audit énergétique avec une étiquette carbone.

Pour la plupart des entreprises, l'écart est considérable. Dans l'industrie, les achats de biens et services et les immobilisations représentent couramment soixante-dix à quatre-vingt-cinq pour cent du total. Une participation déclarant 2 100 tCO₂e sur les scopes 1 et 2 peut en porter 12 000 une fois la chaîne de valeur intégrée. Si un LP demande un chiffre carbone et que vous fournissez le plus petit sans préciser les scopes couverts, la question reviendra.

Les immobilisations : la ligne qui bouge

Sous GHG Protocol, la catégorie 2 du scope 3 comptabilise les immobilisations en totalité l'année de l'achat. Une société qui acquiert une ligne de production en 2025 porte l'intégralité de ses émissions incorporées dans son bilan 2025, puis rien en 2026.

Le Bilan Carbone amortit. La même ligne est étalée sur sa durée d'utilisation, chaque exercice en portant une quote-part. Aucune des deux approches n'est fausse : elles répondent à des questions différentes. Comptabiliser à l'achat répond à « qu'avons-nous provoqué cette année ». Amortir répond à « combien coûte annuellement l'exploitation de cette activité ».

Conséquence pratique : les deux méthodologies ne se comparent pas sans retraitement. Une société qui change de méthodologie d'un exercice à l'autre sans retraiter l'exercice précédent semblera avoir divisé ou doublé son empreinte par un simple effet comptable.

Même ligne de production de 6,5 M€, durée d'utilisation de huit ans
Bilan CarboneGHG Protocol
TraitementAmortie sur la durée d'utilisationComptabilisée en totalité à l'achat
Imputé l'année de l'achat1 310 tCO₂e10 480 tCO₂e
Imputé chacune des années 2 à 81 310 tCO₂e0
Effet sur le total de l'année 112 480 tCO₂e21 650 tCO₂e
Même ligne de production de 6,5 M€, durée d'utilisation de huit ans

Les facteurs d'émission et leur origine

Le Bilan Carbone s'appuie sur Base Empreinte, la base publique française de facteurs d'émission. C'est l'usage d'une base maintenue et citable qui rend un bilan auditable : un chiffre calculé à partir d'un facteur que vous ne savez pas sourcer est un chiffre que vous ne saurez pas défendre.

En pratique, la plupart des portefeuilles combinent les deux : facteurs publics pour l'énergie, les carburants et les matériaux courants, facteurs fournisseurs lorsqu'une société en dispose. Les deux doivent être stockés au niveau de la donnée d'activité et non figés dans un total, pour qu'une mise à jour de facteur recalcule le bilan au lieu de l'invalider.

Comment la plateforme le traite

Les données d'activité sont collectées brutes — litres de gazole, kilomètres parcourus, kilowattheures relevés, euros dépensés par catégorie d'achat. La méthodologie est un prisme appliqué au calcul, pas à la collecte.

Basculer un espace de travail du Bilan Carbone vers le GHG Protocol recalcule donc tous les bilans existants sur les mêmes données sous-jacentes, exercices antérieurs compris, et la comparaison reste valable. Périmètres multi-sites, base de facteurs propre et plan de réduction avec responsables et estimations d'évitement s'appuient sur ce même jeu de données.

Questions fréquentes

Bilan Carbone et BEGES, est-ce la même chose ?

Non. Le BEGES est l'obligation réglementaire française de publier un bilan d'émissions de gaz à effet de serre ; le Bilan Carbone est une méthodologie permettant de le produire. Le périmètre obligatoire d'un BEGES réglementaire est plus étroit que celui d'un Bilan Carbone complet.

Puis-je transmettre un Bilan Carbone à un LP qui attend des chiffres GHG Protocol ?

Uniquement en précisant la méthodologie et le traitement des immobilisations à côté du chiffre. Les totaux ne sont pas directement comparables. La réponse propre consiste à conserver les données d'activité brutes et à produire la présentation attendue par le destinataire.

Quelle méthodologie une participation doit-elle utiliser ?

Celle que nomme son obligation. Les sociétés françaises soumises au BEGES retiennent généralement le Bilan Carbone ; celles qui reportent à des LPs internationaux ou au titre de la CSRD ont plutôt besoin de chiffres GHG Protocol. Un fonds concerné par les deux doit collecter une fois et appliquer le prisme selon le destinataire.

02GHG · ISO 14064

GHG Protocol et ISO 14064 — les normes internationales

Une fois les données d'activité identiques, l'écart entre normes carbone est plus faible qu'il n'y paraît, et concentré sur une poignée de choix comptables. Savoir quelles trois ou quatre lignes bougent réellement, c'est ce qui permet de collecter une fois et de reporter à qui le demande.

GHG Protocol
Corporate Standard et Scope 3 Standard, 15 catégories amont et aval
ISO 14064-1:2018
Six catégories de reporting au lieu de trois scopes
Immobilisations
Catégorie 2 du GHG Protocol — comptabilisées en totalité à l'achat
Statut du scope 3
Optionnel dans le Corporate Standard ; exigé en pratique par la plupart des régimes
Déclencheur habituel
LPs internationaux, alignement CSRD, ou demande d'un client sur sa chaîne d'approvisionnement

Scopes contre catégories

Le GHG Protocol organise les émissions en trois scopes : directes, énergie achetée, et tout le reste. L'ISO 14064-1:2018 a remplacé ce découpage par six catégories, en scindant ce que le Protocol appelle scope 3 entre transport, produits achetés, usage des produits vendus et autres.

C'est une différence de présentation, pas de mesure. Le même litre de gazole tombe physiquement au même endroit ; il est simplement classé sous un autre intitulé. Un bilan correctement construit se présente dans l'un ou l'autre format sans rien recollecter — c'est tout l'argument en faveur du stockage des données d'activité brutes.

Où tombent les mêmes émissions selon la norme
Source d'émissionGHG ProtocolISO 14064-1Bilan Carbone
Véhicules, combustion sur siteScope 1Catégorie 1 — directesScope 1
Électricité et chaleur achetéesScope 2Catégorie 2 — énergie importéeScope 2
Déplacements domicile-travail, fretScope 3 (cat. 4, 6, 7, 9)Catégorie 3 — transportScope 3
Achats de biens et servicesScope 3 (cat. 1)Catégorie 4 — produits utilisésScope 3
ImmobilisationsScope 3 (cat. 2), en totalité à l'achatCatégorie 4 — produits utilisésScope 3, amorties
Usage des produits vendusScope 3 (cat. 11)Catégorie 5 — produits vendusScope 3
Où tombent les mêmes émissions selon la norme

Les différences qui déplacent réellement le chiffre

Trois choix expliquent la quasi-totalité de l'écart entre deux bilans construits sur les mêmes données.

  • Le calendrier des immobilisations. Le GHG Protocol les impute à l'achat, le Bilan Carbone les amortit. Pour une société capitalistique en année d'investissement, cela peut à soi seul presque doubler le total déclaré.
  • Les seuils de significativité. L'ISO 14064-1 impose de déclarer et de justifier les catégories indirectes jugées significatives. Cette déclaration est auditable, et elle fait généralement entrer le transport amont que d'autres approches laissent optionnel.
  • L'exhaustivité du scope 3. Le GHG Protocol rend le scope 3 optionnel par principe. Deux sociétés revendiquant toutes deux la conformité GHG Protocol peuvent différer d'un ordre de grandeur si l'une déclare cinq catégories et l'autre quinze.

Choisir, et assumer le choix

Retenez la norme que nomme votre obligation, pas celle qui flatte le chiffre. Les sociétés françaises soumises au BEGES retiennent généralement le Bilan Carbone ; celles qui reportent à des LPs internationaux ou s'alignent sur la CSRD ont besoin de chiffres GHG Protocol ; l'ISO 14064 apparaît lorsqu'une vérification par tierce partie est contractée.

Quel que soit le choix, la discipline qui compte est de retraiter les exercices antérieurs quand il change. Un changement de méthodologie sans retraitement produit une variation annuelle purement comptable, et elle sera repérée.

Questions fréquentes

Un même bilan peut-il satisfaire le GHG Protocol et l'ISO 14064 ?

Oui, si les données d'activité sont collectées brutes et la norme appliquée au calcul. Les mesures sous-jacentes sont les mêmes ; seules diffèrent la catégorisation et quelques choix comptables.

La certification ISO 14064 équivaut-elle à une vérification ?

Non. L'ISO 14064-1 définit comment quantifier et déclarer ; l'ISO 14064-3 traite de la vérification. Une organisation déclare au titre de la partie 1, puis peut faire vérifier ce rapport au titre de la partie 3.

Quelle norme les LPs demandent-ils habituellement ?

Les LPs internationaux demandent très majoritairement des chiffres GHG Protocol avec les scopes présentés séparément, car c'est ce qui s'agrège sur un portefeuille multi-pays. Les LPs français acceptent souvent le Bilan Carbone, mais demanderont malgré tout la ventilation par scope.

Dans la plateformeBilan carbone